Les chiffres font mal : chaque année, près de 500 000 vies s’éteignent aux États-Unis à cause du tabac. Malgré plus d’un demi-siècle de campagnes d’avertissement, le tabac reste la substance légale la plus meurtrière du pays. Si le taux de tabagisme a bien reculé, 42 millions d’adultes américains et près de 3 millions d’adolescents continuent à fumer. Les messages d’alerte, dont la plupart datent de 1965, ont indéniablement fait reculer les maladies cardiovasculaires, mais l’ombre du tabac plane encore sur des millions de foyers.
Le 31 mai, la Journée mondiale sans tabac revient, portée par l’Organisation mondiale de la santé. Cette fois, le projecteur est braqué sur le lien entre le tabac et les maladies du cœur. Le Dr Robert Benton, responsable de la recherche clinique chez Capital Cardiology Associates, n’y va pas par quatre chemins : « Si on devait ne retenir qu’un facteur de risque sur lequel chacun peut agir, ce serait d’arrêter de fumer. » Des travaux remontant aux années 1940 l’attestent : une seule cigarette quotidienne abîme la santé cardiovasculaire. La nicotine s’infiltre, les artères se crispent, le cœur trinque.
Face à la difficulté d’arrêter, de nombreux Américains ont cherché des solutions moins radicales que le sevrage brutal ou les patchs. C’est dans ce contexte que la cigarette électronique et la vape ont débarqué sur le marché. Présentées comme une alternative au tabac traditionnel, elles contiennent le plus souvent de la nicotine issue du tabac. Depuis 2011, ces dispositifs séduisent massivement les jeunes. Leur usage, le fameux « vapotage », a explosé ces cinq dernières années, au point de devenir un phénomène de société.
Mais que sait-on réellement des conséquences de la cigarette électronique ? Longtemps, le flou a régné, faute de recul suffisant. En janvier, l’Académie nationale des sciences a publié une étude qui fait parler d’elle : des souris exposées à la vapeur de cigarette électronique présentent des dommages à l’ADN des poumons, de la vessie et du cœur. Certes, ces essais concernent des rongeurs, mais les auteurs insistent : les répercussions pourraient bien concerner l’humain aussi.
Moon-Shong Tang, professeur de médecine environnementale à l’Université de New York et co-auteur de l’étude, l’admet sans détour : « Prouver ces effets sur le long terme prendra du temps, car le cancer se développe lentement. » Les certitudes, elles, avancent au rythme des protocoles scientifiques : lentement, mais sûrement.
Sur le terrain, le constat des soignants est sans appel. Le Dr Lance Sullenberger, co-directeur médical de l’imagerie cardiovasculaire à Capital Cardiology Associates, observe chaque jour le prix du tabac chez ses patients : infarctus, pose de stents, opérations lourdes. Pour nombre d’entre eux, l’arrêt du tabac survient après une crise cardiaque ou une intervention. Ce que les cardiologues espèrent, c’est que ce déclic ait lieu avant le drame. Sullenberger conseille sans ambages : « Pour les gros fumeurs qui veulent décrocher, la cigarette électronique peut constituer une étape. Mais il n’est pas question d’en faire la promotion auprès de ceux qui n’ont jamais fumé. Vapoter ne gomme ni la dépendance à la nicotine, ni les risques respiratoires liés à l’inhalation profonde de substances chimiques. »
Les recherches et la législation autour de la cigarette électronique s’intensifient. Depuis 2009, la Food and Drug Administration encadre le marché du tabac. Les fabricants de cigarettes électroniques sont désormais tenus de soumettre des données sur leurs produits, au même titre que les cigarettiers. Scott Gottlieb, commissaire de la FDA, n’exclut pas d’évaluer si ces dispositifs peuvent véritablement aider à décrocher du tabac traditionnel. Parallèlement, l’agence a récemment repoussé de quatre ans, jusqu’après 2021, la date limite pour que les fabricants déposent leurs dossiers concernant les produits lancés après février 2007.
Texte rédigé par Michael Arce, Spécialiste des Médias. Les informations médicales publiées ici ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé : la moindre décision concernant votre santé mérite une discussion avec un soignant qualifié.
Vapoter ou s’en abstenir : le débat n’en est qu’à ses débuts. Les preuves s’accumulent, les positions évoluent. Une chose reste certaine : la vigilance doit primer sur la facilité, surtout quand la santé entre en jeu.

