Rien ne prédisposait les funérailles de Victor French à devenir un souvenir aussi marquant. Pourtant, en 1989, la disparition de cette figure incontournable de « La petite maison dans la prairie » a laissé ses proches avec bien plus qu’un simple adieu, bouleversant tous les codes du dernier hommage.
Michael Landon et Victor French, une amitié hors du commun
Victor French, acteur au visage devenu familier pour des millions de téléspectateurs grâce au rôle d’Isaiah Edwards, a rejoint l’épopée de la petite maison sur la prairie grâce à la détermination de Michael Landon. Tout juste après « Bonanza », Landon voulait absolument retrouver son camarade croisé sur ce premier plateau. Leur complicité s’est tissée hors caméra et ne les a plus quittés : vingt ans d’entraide, de soutien et de fous rires, que ce soit entre deux prises ou dans les coulisses des tournages.
Victor French le disait sans détour, non sans sourire : ils partageaient plus de temps qu’un couple. Leur rencontre, d’abord sur « Bonanza », a défini une trajectoire commune, amplifiée avec « Highway to Heaven ». Michael Landon a dû batailler auprès des producteurs, pour imposer French au casting, face à des exigences de célébrité. Pour l’acteur, ce fut un tournant : « Ce rôle-là a changé la donne de ma carrière. Michael, c’est mon ange. »
Victor French, une personnalité solaire
Charlotte Stewart, l’institutrice Eva Beadle dans la série, parle de Victor French avec une affection qui en dit long. Selon elle, il dégageait une chaleur humaine et un humour que nul ne pouvait ignorer, assaisonnés d’une immense générosité. Sa façon de cultiver les liens dépassait largement l’écran.
Pour son dernier adieu, Victor French avait organisé chaque détail. Il avait lui-même rédigé la liste précise des invités avec son avocat, rien n’a été laissé au hasard. Le choix du lieu, le musée Gene Autry à Griffith Park, n’était pas anodin : en plein air, à l’ombre des souvenirs de l’Ouest américain, pour rassembler celles et ceux à qui il tenait. French tenait à cette ambiance authentique, à cette touche d’Amérique profonde, pour son ultime rassemblement.

Un dernier message inattendu
À la cérémonie, rien ne pouvait préparer l’assemblée à ce qui allait suivre. L’avocat de Victor French s’est approché, a demandé l’attention de tous, pour annoncer : « Et maintenant, un message de Victor. » Tous les visages se sont tournés, l’attente suspendue. C’est alors qu’un avion a traversé le ciel au-dessus du musée, tirant une banderole irrévérencieuse : « Mangez S*it, Love, Victor. »
Ce geste, préparé dans le secret, a pris tout le monde à contrepied. Les rires ont surgi, rompant la solennité du moment. Cet ultime clin d’œil a balayé la tristesse, injecté dans l’air une dose d’humour à l’image de son auteur. À une époque où les téléphones portables n’existaient pas, les nouvelles se propageaient vite autour du musée : il fallait courir vers une cabine et dire aux absents de sortir voir le ciel.
Victor French, fidèle à lui-même, a choisi de quitter la scène sans pathos ni convention. Jusqu’au bout, il aura imposé sa façon de marquer les esprits, pas seulement par ses rôles, mais par la manière unique dont il a orchestré le souvenir laissé derrière lui. Et c’est peut-être là, dans cette insolence finale au-dessus de Griffith Park, que naît la légende de Victor French : un acteur, mais surtout, un homme impossible à oublier.

